Témoignages
(11 mars 2004)
PAS BÊTE, LES BÊTES !
Depuis le début des années 60, psychologues, médecins et vétérinaires d'Amérique et d'Europe étudient les bienfaits pour la santé physique et mentale de l'humain, de vivre avec des animaux domestiques. En juillet dernier, Montréal accueillait la sixième conférence internationale sur les relations entre les êtres humains et les animaux.
par Lise Ravary
DIMANCHE MATIN. Vous êtes rentré tard, très tard. Comment refuser le dernier verre siroté entre amis, après un bon et copieux repas ? Une fois n'est pas coutume ! Pas de boulot aujourd'hui, on reste au lit pour soigner la tour... Eh bien ! Pas tout à fait car Fido, ce fidèle Fido qui se moque du calendrier, de votre vie sociale et de la pluie, vous regarde amoureusement, la laisse entre les dents, la queue battant la mesure du concert de cuivre qui se joue dans votre tête. Pourquoi ne vous apporte-t-il pas votre médicament, comme à la télé ? Tout simplement parce que Fido, lui, se spécialise dans la médecine préventive.
Sans qu'il le sache, Fido veut votre bien en vous imposant une marche de santé quotidienne. Il veillait sur votre poids santé. Vous vous sentez tendu, la pression monte ? Minou ne demande pas mieux que de se faire caresser, ce qui vous calmera et fera même baisser votre sensation sanguine. Anne Salomon, professeure de psychologie à l'université de Montréal et spécialiste dans les relations entre les animaux et les êtres humains, s’exprime de façon affirmative sur ce point. « Un animal peut apporter beaucoup de bienfaits, » dit-elle, « mais cela dépend de la signification qu’on donne au lien. S'il y a un réel attachement on pourra noter des avantages pour la santé, et ce, même si les contacts sont sporadiques. » Par contre, si Fido vous semble bien malgré lui devenu le cadeau empoisonné d'une ancienne flamme, il y a fort à parier que les sorties quotidiennes auxquelles il vous s'astreint vous feront plus de tort que de bien...
Un animal désiré et aimé vous récompensera à coup sûr de votre implication. Les spécialistes ont identifié sept types de récompenses tangibles.1. Un animal diminue l'impression de solitude et réduit par le fait même les effets pathologiques de l'isolement (dépression ou malnutrition, par exemple). 2. L'animal donne une sens des responsabilités ce qui peut aider les personnes qui vivent des déboires ou qui ont cessé de lutter. 3. Il impose une routine d'exercice. 4. Le contact tactile avec les animaux constitue une source importante de bien-être. Caresser un animal détend et le simple fait de lui parler fait baisser la pression, ce qui n’arrive que rarement entre interlocuteurs humains... 5. L'animal force les gens à sortir d'eux-mêmes et à porter attention à ce qui se passe autour d’eux. 6. Un animal favori assure une continuité dans la vie. Il ne quittera pas la maison parce qu'il se marie. Il ne demandera pas le divorce. 7. Enfin, un animal rassure, sécurise.
« Une femme seule qui promène un chien est la dernière à être attaquée », dit le docteur François Lubrina, vétérinaire et farouche défenseur des animaux de compagnie. Prenons le chien : c'est un animal métronome. Il régularise la vie des indisciplinés. Le chien s'impose et si l'on choisit de l'ignorer, les conséquences sont pour le moins désagréables ! C'est aussi un excellent coupe-solitude. « Un animal, en particulier le chien, vaut bien des agences de rencontres », poursuit le vétérinaire. Pendant que les toutous se frottent le museau, les « parents» font connaissance... » Les irresponsables y trouvent aussi leur compte : dans certaines prisons américaines et européennes, les détenus peuvent posséder un petit animal parce que ce compagnon éveille, augmente et entretiennent le sens des responsabilités de son propriétaire.
Anne Salomon a connu des personnes souffrant de maladies mentales et dont la santé a été préservée grâce aux animaux. « Le simple fait d'avoir un animal à la maison a peut-être permis à ces personnes d'éviter l'institution. Les animaux sont une soupape aux tensions de la vie de tous les jours provoquées par les interdits qui se multiplient. »
Tous ces avantages ne justifient pourtant pas la négligence de certains propriétaires. C'est bien la faute des maîtres si les règlements municipaux deviennent de plus en plus sévères envers nos amis ! La propreté sur la voie publique n’est pas un caprice des élus, mais une nécessité car les animaux transportent (comme nous) bon nombre de virus et de microbes. Sans parler du désagrément qu'il y a à se mettre les pieds dans... les plats. Si Fido vous apporte sa pelle en plus de sa laisse, félicitez-le. Il vous a bien dressé.
Selon le Dr Lubrina nous redécouvrons aujourd'hui le plaisir des animaux. Il y a 50 ans, tout le monde en avait. L'intolérance montante face aux animaux résulte du simple fait qu'ils sont souvent mal élevés. « La société nord-américaine a appliqué les méthodes du Dc Spock au chien », ironise-t-il. « La créativité chez le chien... Quel succès ! » À ce chapitre, le Dc Lubrina établit un parallèle entre les animaux et les jeunes enfants et précise que qu'au sein de familles dysfonctionnelles, c’est souvent le chien qui est le chef de la famille. « Dans certains cas, cela a vaut mieux que rien », poursuit-il. « C'est un animal hiérarchisé. Dans la meute, l'animal dominant l'emporte. Le chien ne dialogue pas. » Inutile donc de lui expliquer les subtilités du civisme pour l'empêcher de creuser des trous dans le jardin du voisin. Un non sonore sera non seulement plus efficace, mais ménagera également vos nerfs.
Les animaux jouent aussi un rôle de premier plan dans l'acquisition et le maintien de l'estime de soi. Les animaux de compagnie, comme l'expression l'indique, font d’excellents confidents. Jamais ils ne répéteront les secrets que vous leur avez confiés. Quand ils vous feront la fête, ce sera en dépit de toutes les frasques et de tous les échecs. Les enfants partageront avec eux leurs problèmes scolaires sans craindre de représailles. L’amour de Fido et Minou est inconditionnel, et ce type d'amour ne manque pas d'être une denrée rare dans la vie. Les enfants qui ont de la difficulté à se faire des amis verront aussi leur popularité grandir avec l'arrivée d’un animal dans la famille.
Anne Salomon fait toutefois deux mises en garde importantes en ce qui a trait à l'équilibre des enfants. « Certains parents se procurent une chatte enceinte pour enseigner les mystères de la vie à leurs enfants puis s’en débarrassent, geste non seulement irresponsable mais qui peut traumatiser l'enfant. Il faut aussi faire attention avec les animaux dont la durée de vie est plus courte, comme les hamsters. La mort d'un petit compagnon peut blesser cruellement. »
CHOISIR SON COMPAGNON
Chat ou chien, comment choisir l'animal qui vous fera le plus grand bien ? Discernement et analyse sont de rigueur : il s'agit de tenir compte de son mode de vie, de son habileté physique, de sa disponibilité. Ainsi, l'individu qui rêve de jogger avec son chien a tout intérêt à choisir une race dynamique, active, qui exige beaucoup d'exercice, comme le setter. Les personnes moins actives choisiront un chien plus calme, comme le labrador ou le golden retriever, excellents chiens pour les familles. Lorsque le facteur sécurité domine, il faut se tourner vers des races traditionnellement dressées pour la surveillance et la défense comme le doberman, le Saint-Bernard, ou les chiens de bergers.
Il ne faut pas non plus laisser la seule raison dicter votre choix. Les coups de cœur ont là aussi leur place, à la condition de se renseigner sur les caractéristiques de la race choisir. Le Dr Lubrina suggère de consulter un dresseur de chiens qui en sait long sur les comportements des différentes races canines. Un vétérinaire peut aussi prodiguer des conseils. Règle générale, il vaut mieux éviter, comme source de renseignements, l'animalerie du coin ou les éleveurs qui vanteront bien sûr leurs rejetons.
Les gens qui ne veulent pas lier leur régime de santé à la discipline serrée qu’impose Fido, aussi charmant et docile soit-il, devraient se tourner vers les chats, plus autonomes. « Symbole du cocooning, le chat est l'animal de l'avenir », affirme le Dr Lubrina. On n'a qu'à voir l'engouement des médias américains pour Socks Clinton, le premier chat des États-Unis ! Le fait que le nouveau président possède un chat le démarque de ses prédécesseurs plus âgés et plus conservateurs, tous propriétaires de chiens. « Le chien est un animal pour les gens plus traditionalistes, un animal chrétien qui a le sens du devoir, qui accorde le pardon, qui respecte l'autorité. Il est besogneux. Il sacrifie son bien-être à son devoir », explique le vétérinaire. « Le chat par contre, est un animal païen (jamais il ne vous reprochera du regard vos sorties tardives, et jamais il n’expliquera ses propres allées et venues mystérieuses). Il est lascif, jouissif, glouton, fainéant. C'est un hédoniste, le compagnon des sorcières, voire le diable incarné ! »
Y a-t-il des avantages pour la santé à posséder un chat ? Pensez seulement au petit ronron dans votre cou quand vous avez les bleus : il remplace avantageusement le comprimé anticafard ! Depuis la nuit des temps, l'humanité a été bien servie par la propreté du chat et par son entêtement à éliminer la vermine. Autrefois maudit et sacrifié sur les bûchers de l'ignorance, le chat était remis à la mode et même recommandé par l'Église dès que la peste ou quelque autre maladie apportée par les rongeurs pointait à l’horizon.
Les avantages de posséder un animal ne dispensent pas pour autant de tenir compte de la réalité. Il n'est pas particulièrement agréable de se retrouver avec un problème sur les bras. L'animal n'est pas une panacée ! Beaucoup de personnes, par exemple, sont allergiques aux chats (on attend avec impatience le chat hypoallergène !). D'autres n’ont simplement pas les moyens de se payer un chien ou même un chat, nettement moins coûteux. Si vous devez emprunter pour régler les frais de la dernière visite chez le vétérinaire, le stress aura raison des bonnes intentions de Pitou et Minou.
Il n'y a pas que les chats et les chiens pour vous « remettre sur le piton » : regarder un poisson rouge faire ses longueurs d'aquarium relaxe aussi. Le chant joyeux d'un oiseau ensoleille une journée terne. Aucun risque de culpabilité en vue : Neptune et Pit-pit n'ont nullement besoin de vous pour voir à leurs besoins pressants du dimanche matin. De la nourriture et un brin de causette vous assureront une loyauté totale.
Source : Santé avril 1991
